Tout gouvernement, aussi puissant soit-il, est soumis à la même arithmétique. L’argent entre par les impôts et les autres recettes. Il sort pour les services publics, la défense, l’investissement et les intérêts des emprunts passés. La différence est soit un excédent, qui peut rembourser la dette ou constituer des réserves, soit un déficit, qu’il faut emprunter. Comprendre cette arithmétique est le premier pas pour comprendre les choix des gouvernements, et c’est la colonne vertébrale de chaque tour dans Geopolitics.

Les quatre grands leviers

La plupart des budgets peuvent se décrire avec quelques chiffres, chacun exprimé en part de l’économie, c’est-à-dire du PIB :

  • les recettes fiscales, la part du revenu national que l’État prélève ;
  • les dépenses publiques pour des services comme la santé, l’éducation, les retraites et l’administration ;
  • les dépenses de défense ;
  • l’investissement public dans les infrastructures, la recherche et les projets de long terme.

À cela s’ajoutent les intérêts de la dette publique, qui ne relèvent pas d’un choix à court terme mais des décisions passées. Tout exprimer en part du PIB permet de comparer plus facilement des pays de tailles très différentes et de voir si l’État grossit plus vite ou moins vite que l’économie qui le finance.

Déficits, dette et le ratio qui compte

Un déficit annuel s’ajoute au stock de dette publique. Ce qui compte pour la soutenabilité, ce n’est généralement pas la dette en dollars ou en euros, mais la dette rapportée à la taille de l’économie. Une dette qui reste stable pendant que l’économie croît s’allège avec le temps.

Les économistes résument souvent cela par une relation simple. Si le taux d’intérêt que paie l’État sur sa dette est supérieur au taux de croissance de l’économie, le ratio d’endettement tend à augmenter, sauf si l’État dégage un excédent avant intérêts, appelé excédent primaire. Si la croissance dépasse le taux d’intérêt, l’État peut afficher de petits déficits primaires et voir malgré tout son ratio d’endettement baisser. C’est pourquoi un même niveau de dette peut être gérable pour un pays et dangereux pour un autre.

Il n’existe pas de limite de sécurité universelle. En signant le traité de Maastricht en 1992, les membres de l’Union européenne ont adopté des valeurs de référence de 3 % du PIB pour le déficit et de 60 % pour la dette publique. Ce sont des règles politiques plutôt que des lois de la nature, et de nombreux pays les ont dépassées pendant de longues périodes, mais elles montrent comment les gouvernements tentent d’ancrer les anticipations.

Pourquoi les marchés obligataires comptent

Les États empruntent en vendant des obligations à des investisseurs. Le taux d’intérêt exigé par ces derniers dépend de leur confiance dans un remboursement intégral et à temps. Un État doté d’institutions stables de longue date et d’une dette modérée peut emprunter à bas coût. Un État qui emprunte vite, ou dont la dette dépasse déjà largement ce que les investisseurs jugent confortable, paie plus cher, et des intérêts plus élevés font croître la dette encore plus vite.

Emprunter n’est ni bon ni mauvais en soi. Une dette qui finance une route, une centrale ou une main-d’œuvre mieux formée peut accroître la croissance future et se rembourser d’elle-même. Une dette qui finance les dépenses courantes ne fait que reporter la facture. La question que se pose un bon ministre des Finances est toujours la même : qu’est-ce que cet argent va construire ?

Les impôts et l’humeur du pays

Augmenter les impôts est le moyen le plus direct d’accroître les recettes, mais cela a des effets secondaires. Des impôts plus lourds laissent moins d’argent aux ménages et peuvent freiner l’activité. Les fortes hausses soudaines provoquent aussi des résistances ; l’histoire regorge de révoltes fiscales, des soulèvements médiévaux aux manifestations de rue modernes. La plupart des citoyens acceptent plus facilement un changement progressif qu’un choc.

Réduire les dépenses a aussi ses coûts. Les services publics sont visibles, et les gens remarquent quand les hôpitaux, les écoles ou les retraites se dégradent. Un budget n’est donc jamais un simple exercice comptable. C’est une déclaration sur qui paie et qui en profite, et les électeurs la jugent.

L’investissement : le jeu de long terme

L’investissement public est souvent le premier poste sacrifié en temps de crise, parce que ses bénéfices sont lents et que son absence ne se fait pas sentir tout de suite. Sur de nombreuses années, pourtant, le sous-investissement se traduit par des infrastructures délabrées et une croissance plus faible. Les gouvernements qui protègent l’investissement pendant les périodes difficiles disposent souvent de plus de marge de manœuvre ensuite.

Le budget dans Geopolitics

Dans Geopolitics, chaque campagne part des données réelles de votre pays : recettes fiscales, dépenses de services, défense et investissement, dette publique et taux d’intérêt moyen. La fenêtre Budget vous permet de régler quatre leviers : les impôts entre 10 et 50 % du PIB, les services publics, la défense et l’investissement, avec un total des dépenses plafonné à 60 % du PIB. Avant que vous ne confirmiez, la prévision affiche vos recettes et coûts quotidiens, les intérêts, l’entretien des projets et le taux de croissance attendu. L’aperçu utilise les mêmes formules que le serveur : ce que vous voyez est ce qui se produira.

L’humeur de votre pays réagit à vos choix. Des dépenses de services supérieures à la norme de départ de votre pays améliorent le bien-être, tandis que des impôts au-dessus de cette norme le réduisent. Une forte hausse d’impôts frappe aussi la stabilité, et l’effet croît avec le carré de la hausse : quelques points provoquent des grognements, un grand bond fait descendre les gens dans la rue. Un investissement supérieur à un niveau de base modeste stimule la croissance, alors que des impôts très élevés la freinent.

Vous pouvez aussi gérer directement la dette publique. Émettre des obligations fait entrer de l’argent dans le Trésor tout de suite, mais les marchés n’en absorbent qu’une quantité limitée chaque mois. Plus vous en vendez en peu de temps, et plus votre dette dépasse le niveau que les investisseurs tolèrent pour votre pays, plus le taux d’intérêt des nouvelles obligations est élevé et plus la confiance des marchés en souffre. Rembourser la dette à partir du Trésor réduit durablement votre charge d’intérêts.

L’humeur compte parce que les élections arrivent. Environ cinq mois de temps de jeu après le dernier scrutin, votre pays peut retourner aux urnes, et vos chances dépendent de l’approbation publique, une combinaison de stabilité et de bien-être. Vous pouvez faire campagne sur des promesses généreuses, qui coûtent de l’argent mais améliorent vos chances, défendre votre bilan ou mener campagne pour des réformes. Une défaite vous vaut un parlement hostile qui fait obstruction à votre gouvernement pendant 60 jours.

Enfin, la Ligue du développement compare l’économie, le bien-être, les finances et le développement de votre pays avec une référence passive du même pays qui conserve ses politiques de départ. Le score des finances utilise la dette nette, c’est-à-dire la dette moins l’argent du Trésor : emprunter simplement pour garder des liquidités n’améliore donc pas votre résultat.

Conseils pratiques

  • Modifiez un levier à la fois et observez la prévision.
  • Augmentez les impôts progressivement plutôt que d’un seul coup.
  • Empruntez pour investir, pas pour les dépenses courantes.
  • Gardez une réserve pour les crises et les chocs sur le prix des carburants.
  • Surveillez la stabilité et le bien-être à l’approche d’une élection.

Pour vos premiers jours au pouvoir, lisez le guide stratégique de vos dix premiers tours. Pour voir comment les chocs extérieurs frappent votre budget, lisez sécurité énergétique et marchés des carburants. Ouvrez ensuite la fenêtre Budget et découvrez quel ministre des Finances vous êtes.